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Shangaï Sunset
Philippe Brassac a récemment rencontré les équipes du Crédit Agricole installées en Chine. C’est l’occasion de revenir sur l’histoire de la présence du Groupe dans ce pays. Une histoire à plusieurs sources mais qui illustre la complémentarité des métiers aujourd’hui exercés dans ce pays.

Fin du 19ème siècle : premiers contacts et premières implantations

Il semble que les premières relations d’affaires avec un établissement chinois aient été établies en 1872 par le Crédit Lyonnais1 à une époque où celui-ci était un des premiers financeurs de l’industrie de la soie qui nécessitait d’importantes importations. Le Crédit Lyonnais n’installera cependant pas de succursale dans le pays avant la première moitié des années 1980. Il s’intéressera néanmoins très tôt à l’économie chinoise en envoyant notamment une mission d’étude qui circulera de 1898 à 1900.

Véritable expédition constituée en caravane, celle-ci comprend deux ingénieurs du service des études financières, deux interprètes, deux cuisiniers et dix conducteurs pour la quinzaine de chevaux ou mules de transport. De Pékin à Hankou, la mission parcourt 3 300 kms en 150 jours et collecte un grand nombre de données sur le pays et son économie, notamment dans les domaines de la houille, de la sidérurgie, de la récolte du sel, du coton, de la soie et de la filature. L’idée est d’identifier les mouvements potentiels d’affaires dans lesquels le Crédit Lyonnais pourrait prendre place.

Cette mission a été très bien documentée par l’ingénieur Félix Leprince-Ringuet. Muni d’un appareil photo, il a pu ramener un reportage de plus d’une centaine de clichés dans lesquels se côtoient des prises de vue d’industries, de cultures, de paysages et de la vie quotidienne dans les agglomérations traversées. Une relation de ce voyage a été publiée dans la revue Le Tour du monde en juillet-août 1902.

Les premières installations sur le territoire chinois sont le fait de la Banque de l’Indochine2. Dès 1894, elle reprend l’agence que le Comptoir national d’escompte de Paris (CNEP) avait à Hong Kong, alors sous mandat britannique. C’est uneplace essentielle pour la Banque : le riz indochinois y est massivement exporté et c’est là que sont remboursées les avances faites en Indochin pour l’achat des récoltes. A l’échelle du Groupe Crédit Agricole d’aujourd’hui, Hong Kong est l’implantation chinoise la plus ancienne.

Quatre ans plus tard, en 1898, la Banque de l’Indochine ouvre une succursale à Shanghai. D’autres ouvertures suivent en 1902 (Canton et Hankou) et en 1907 (Pékin et Tien Tsin). Banque d’affaire, l’établissement intervient dans de nombreux projets. Les agences de Chine prennent alors un poids important dans le bilan de la Banque de l’Indochine. Elle participe activement à un grand projet d’infrastructure : la construction de la ligne du chemin de fer du Yunnan de 1897 à 1910. Celle-ci relie Haiphong, aujourd’hui au Viêt Nam, à Yunnanfou en Chine (aujourd’hui Kunming). Avec cette nouvelle voie ouverte, la Banque de l’Indochine installe deux succursales supplémentaires à Mongtze (1914) et
Yunnanfou (1920).

Les tensions géopolitiques de l’après Seconde Guerre mondiale ne permettent pas un fonctionnement apaisé de la Banque de l’Indochine. Celle-ci doit fermer ses dernières agences en 1957, mettant fin à soixante années de présence dans le pays. En parallèle, l’implantation de Hong Kong poursuit son activité. En 1975 la Banque de l’Indochine fusionne avec la Banque de Suez et de l’Union des Mines pour former la Banque Indosuez. Ce nouvel acteur rouvre un bureau de représentation à Shanghai en 1983, première étape d’un nouveau réseau.

Les origines du Crédit Agricole en Chine : une approche originale

De premiers échanges entre le Crédit Agricole et les milieux bancaires chinois ont lieu dès 1978, soit avant même l’ouverture de la succursale de Chicago en 1979, date que l’on retient traditionnellement lorsque l’on parle de l’internationalisation du réseau du Crédit Agricole. Conduits par Anne-Elisabeth Iba-Zizen, responsable de la zone Asie-Pacifique à la direction du développement international de la CNCA, ces échanges permettent d’expliquer aux Chinois l’histoire et l’organisation du Crédit Agricole.
Celui-ci a ainsi pu tirer avantage de son organisation : sa base mutualiste alors abritée par un établissement public résonnait avec l’esprit chinois. Cette période permet également aux équipes du Crédit Agricole de s’acculturer aux pratiques commerciales chinoises.

En septembre 1982, le directeur général de la CNCA, Jacques Bonnot, signe donc une convention de coopération technique avec la Banque agricole de Chine (BAC). Cet accord permet des échanges de stagiaires entre les deux établissements et l’instauration de relations régulières. Des stagiaires de la BAC sont donc accueillis par la Caisse nationale et par plusieurs Caisses régionales pour des échanges de bonnes pratiques.

Dans le même temps, toujours sous la conduite d’Anne-Elisabeth Iba-Zizen, le Crédit Agricole participe à la mise en place d’un important accord agro-alimentaire franco-chinois. Cela permet à la France de développer les exportations françaises et au Crédit Agricole d’accompagner de nombreux céréaliers, ses clients, sur ce nouveau marché. Ce travail de longue haleine pour établir une relation entre les deux pays est original puisque, à l’inverse de beaucoup d’établissements de l’époque qui veulent profiter de l’ouverture récente de la Chine, le Crédit Agricole vise les moyen et long termes et non pas le profit immédiat. La coopération technique entamée permet également de former les banquiers chinois aux techniques de financement de projets agricoles et, à l’inverse, elle permet aux équipe du Crédit Agricole de se familiariser avec les pratiques chinoises.

Le dispositif est complété en juillet 1985 par l’ouverture d’un bureau de représentation du Crédit Agricole à Pékin. Soutenu par la succursale de Hong Kong, cette nouvelle entité a pour mission de mieux identifier et accompagner les affaires dans le domaine agricole et agro-alimentaire.

Un article de CNCA Informations présentant les premières pas du Crédit Agricole en Chine à découvrir ci-dessous :

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Les apports d’Indosuez et du Crédit Lyonnais

Lorsque le Crédit Agricole a acquis la Banque Indosuez en 1996 puis le Crédit Lyonnais en 2003, il a pu enrichir son offre de service et sa couverture géographique. Tout d’abord, la forte expertise d’Indosuez en banque de financement et d’investissement permet au Crédit Agricole d’être présent dans de nombreux projets d’infrastructure. Ce nouveau déploiement profite aussi aux Caisses régionales : en 1998, quarante-sept d’entre elles ont eu recours à la délégation de Hong Kong pour porter des projets en Chine.

L’activité de banque privée décolle également à cette période, notamment à partir de 1999 avec la création de CA Indosuez (Switzerland) SA qui poursuit le développement de cette activité en Asie à Hong Kong notamment avec près de 150 collaborateurs. Le dispositif de présence en Chine est encore renforcé suite à l’acquisition du Crédit Lyonnais : ses équipes de banque de financement et d’investissement rejoignent celles de Crédit Agricole Indosuez et forment Calyon (renommée Crédit Agricole CIB en 2010).

Le financement du crédit auto avec GAC-Sofinco Auto Finance Co.

Compte tenu de l’importance du marché automobile et de la demande croissante de crédit à la consommation en Chine, le Groupe a participé en 2010 à la constitution, à Canton, de GAC-Sofinco Auto Finance Co. Cette joint-venture entre Crédit Agricole Consumer Finance et Guangzhou Automobile Group Co., Ltd. (GAC, 4ème constructeur automobile chinois) a fêté son deux millionième client en 2020.

Le renforcement des activités d’asset management

Du côté de l’asset management, le Groupe a renforcé ses activités à partir de 2008. Cette année-là, Amundi a acquis 33,33 % du capital de ABC-CA Fund Management Co. Ltd., une joint-venture établie à Shanghai avec Agricultural Bank of China, troisième banque du monde en termes de Tier 2 capital et de taille d’actifs. Pour poursuivre le développement de ses activités d’asset management, Amundi a également créé en 2020 un joint-venture à Shanghai avec Bank of China (BOC). Cette société, Amundi & BOC, dont Amundi détient 55 % du capital, est la première société de gestion avec un actionnaire majoritaire étranger à pouvoir développer en Chine une offre relevant du régime des produits de gestion de patrimoine et ce en vertu du changement de règlementation opéré en 2019 par le régulateur chinois.

 

Une incorporation en 2009

Calyon puis Crédit Agricole CIB est historiquement installée en Chine pour servir les besoins locaux des multinationales clientes. Après avoir opéré sous forme de succursale depuis 1991, Crédit Agricole CIB est incorporée depuis août 2009 à Shanghai.

Depuis son incorporation, Crédit Agricole CIB Chine accompagne les grandes entreprises chinoises dans leurs opérations d’investissement et de commerce international, et les institutions financières (notamment les grandes banques chinoises) dans l’internationalisation des marchés financiers. Elle continue de satisfaire les besoins locaux des filiales de clients du Groupe présents en Chine. Crédit Agricole CIB est un acteur important dans le financement de l’économie réelle chinoise grâce aux activités de financement et de marché. Elle est aussi une banque de référence et leader en termes d’accompagnement en émission green auprès des institutions financières chinoises.

Aujourd’hui, avec ses 4 métiers, le Groupe compte plus de 1 000 collaborateurs présents en Chine.

Références

1Le Crédit Lyonnais a été fondé en 1863 à Lyon. Il intègre le Groupe Crédit Agricole en 2003.
2La Banque de l’Indochine a été créée en 1875. Elle avait pour mission de développer et accompagner le commerce en Indochine, alors colonie française.